« Si l’information et les connaissances sont un élément central de la démocratie, elles sont les conditions du développement. » Kofi Annan, dans une allocution à la Conférence de la Banque Mondiale.
Qu’est ce que la communication publique ?
La liberté de communication et d’information, inscrite dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, représente le libre flux d’idées, d’opinions et de savoir, indispensable tant pour le libre épanouissement de la personnalité de chacun que pour le développement culturel, social, scientifique et économique de l’humanité.
La communication publique participe de ce processus démocratique d’information et de protection du citoyen par l’Etat. Pierre Zemor la théorise en 1995 comme étant « la communication formelle qui tend à l’échange et au partage d’information d’utilité publique et de maintien du lien social et dont la responsabilité incombe à des institutions publiques ou a des organisations investies de mission d’intérêt collectif ». Les finalités de la communication publique sont les mêmes que celles des organisations publiques : informer, faire savoir, rendre compte mais également écouter les attentes, les interrogations, le débat public. La communication publique a deux objectifs principaux: l’identification du citoyen à la communauté étatique mais surtout la légitimation des organisations publiques, de leurs actions pour faire en sorte que l’action de l’Etat et des organisations publiques soient de plus en plus soutenue par un consensus. L’appellation « Société d’Information » est aujourd’hui en voie de supplanter l’appellation de « Société de Communication » grâce à la révolution Internet permettant en théorie un flux d’information et de communication libre de toute contrainte.
Mais en dépit de l’émergence du concept de Communication Publique et de l’outil Internet, Peut-on dire à l’instar de Bernard Miège que « La société est conquise par la communication » ? Et en particulier par la communication publique ? Car si celle-ci a vocation à s’adresser à l’ensemble des citoyens, il semble que les exclus de la communication publique soient toujours nombreux ce qui pose d’emblée la question de la démocratisation de la communication publique.
Suivant l’exemple des efforts investis dans la démocratisation de la culture avec le développement de la médiation culturelle et l’accès facilité aux œuvres à l’hôpital ou en prison, la préoccupation de l’accessibilité de la communication publique consiste à aider des publics éloignés des sources institutionnelles pour des raisons physiques, psychologiques ou sociologiques à accéder à l’information, à l’aide et à la communication de l’Etat.
L’élargissement des publics : la question des publics dits «empêchés »
Car ce sont les publics dit « empêchés » qui doivent être la cible privilégiée de la communication publique. On sait que la communication des institutions publiques atteint surtout des personnes déjà initiées, soit par leur formation, soit par leur origine sociale. Autrement dit, les moins diplômés en sont souvent exclus, ainsi que ceux dont les références culturelles et les modes de vie sont différents, ou encore les populations défavorisées ou issues de l’immigration. Le principal défi de la communication publique est donc de devenir accessible à tous les citoyens. Si l’ouverture à tous les publics reste l’objectif majeur de toutes les actions de communication menées par l’Etat et les organismes publics, ceux-ci doivent particulièrement orienter leur action à destination des publics les plus éloignés de la vie publique, pour lutter contre les discriminations et favoriser l’intégration.
Le rôle des médias / du journalisme / d’Internet
Pour atteindre cet objectif, les médias représentent une interface précieuse. Ils sont les médiateurs par lesquels les acteurs sociaux, dont l’État, se parlent les uns aux autres.

Source: royaume-cdi.over-blog.com
Cependant, et comme chacun le sait, seule une partie de la population à accès aux informations délivrées par la presse. Dès lors la question des actions spécifiques du monde de la presse pour démocratiser l’information se pose. Comment le savoir public, les messages institutionnels peuvent-ils être diffusés vers le plus grand nombre et dans quelle mesure la presse est-elle un acteur actif dans ce processus ? La liberté de presse classique a démontré ses limites : bien qu’elle donne droit aux acteurs les mieux intégrés dans le système de publier sans restrictions, elle est hiérarchique, unilatérale et non interactive. Elle ne permet pas aux citoyens d’exprimer librement leurs idées, leurs opinions et leurs savoirs et ainsi les rendre accessibles à tous.
Avancée notoire vers la liberté de communication, et par là vers une communication publique efficace, l’outil Internet présente l’occasion de surpasser ces inconvénients. C’est une opportunité pour passer de la liberté de presse à la liberté de communication, et donc de démocratiser l’information, dont la communication publique est en train de se saisir. Malgré tout, le chemin vers une maitrise parfaite d’Internet par les institutions publiques est encore long.
Le processus de concertation et de participation dans la communication publique. Quelles sont les attentes des Français ?
L’un des axes de la communication publique aujourd’hui est de favoriser la démocratie participative et les initiatives citoyennes. Des démarches telles que l’organisation de réunions, d’ateliers citoyens, ou de forum sur internet permettent d’organiser la participation des citoyens à la vie de publique, notamment en leur demandant leur avis avant la prise de décision par les élus. Elle associe les citoyens à la préparation des décisions publiques. 9 Français sur 10 lient démocratie participative et qualité de la décision : une bonne décision est une décision qui respecte l’intérêt général et qui a fait l’objet d’une discussion avec ceux qu’elle concerne. Presque la moitié des français estiment qu’il n’y a pas assez de démarche de participation dans leur commune et qu’il convient de développer ces actions de concertation. Convaincus qu’il faut favoriser la participation de tous les citoyens y compris ceux qui prennent peu la parole (jeunes et populations défavorisées), les Français plébiscitent cette nouvelle forme de communication publique qui leur permet de faire entendre leurs voix.

Source: prevention.mons.be
La démocratisation de la communication publique est donc un enjeu aussi actuel que crucial. Une mutation profonde des pratiques de communication de l’Etat, du fait de l’apparition de nouveaux médias et d’une meilleure prise en compte des acteurs, modifie les pratiques du débat public et jusqu’à la forme de la prise de décision politique. Cependant, cette transformation est loin d’être terminée et de nombreuses cibles restent encore non atteintes. Comment les médias, les élus et les citoyens peuvent-ils être acteurs de la démocratisation de la communication ? Comment rendre l’information publique accessible à tous ? Quel est le rôle du privé dans ce processus ? Quel est l’avenir de la démocratie participative et quelles sont les limites auxquelles se heurtent la nouvelle communication publique ? Autant de réponses qui construiront l’avenir non pas de la communication publique mais au delà, d’une nouvelle démocratie.
Eloise Morand, étudiante en Master 2 Communication Publique de l’IEP de Lille.
Sources: